Dory Chamoun,
président du PNL
«Je ne retirerai pas ma candidature»
Pourquoi Walid Joumblatt et certains piliers du 14 mars attaquent-ils l’armée?
D’après mes informations, les relations entre Joumblatt et le commandant en chef de l’armée ne sont pas excellentes. Je ne sais pas pourquoi. Quant à nous, nous tenons à un changement dans les renseignements de l’armée. Des permutations ont eu lieu, mais elles sont insuffisantes. Il y a toujours quelques individus qui doivent quitter la troupe, parce que leurs relations politiques sont totalement inacceptables.
Ces officiers obéissaient à leurs supérieurs. Voulez-vous que les soldats se rebellent contre leurs chefs?
Je n’ai pas de détails à ce sujet. Ce que je sais, c’est que des officiers de l’ancien régime, contre le comportement desquels nous protestions, continuent à occuper des postes de responsabilité. Ce n’est pas permis (…). L’armée, la Sûreté générale et les organes de renseignements nécessitent une réforme, surtout à la veille des élections.
Le moment est-il propice pour soulever cette question?
Le moment est propice. L’affaire des écoutes a été abordée; après cela, nous nous dirigeons vers une bataille électorale qui doit être impartiale. Or, le passé interventionniste de ces officiers est connu. Nous voulons une armée qui se situe à égale distance de tous, et que toutes les institutions œuvrent dans l’intérêt de la nation et non d’un camp ou d’une personne.
Le président Michel Sleiman et le commandant en chef de l’armée ont assuré que ces officiers portent allégeance à l’institution et à la nation. Votre commentaire.
C’est de la littérature. En général, nous ne disons pas tel doit être le rôle de l’armée. Mais nous avons des questions et des interrogations sur certains officiers et leurs agissements, nous savons qu’ils n’étaient pas acceptables.
Pourquoi ne pas avoir discuté de cette affaire avec le commandement militaire. sans recourir à la diffamation de la troupe?
Parfois, il faut frapper fort et parler franchement. Parce que la situation dans le pays ne supporte plus le camouflage.
Comment interprétez-vous les propos du patriarche Sfeir, surtout qu’une partie des chrétiens les considèrent comme partie prenante?
Le patriarche Sfeir prend parti pour le Liban. C’est un homme éclairé qui connaît l’intérêt du pays mieux que quiconque. Il a des responsabilités et ne peut pas garder le silence face à certaines effractions commises. Il dit que les élections auront lieu et que les Libanais doivent accomplir leur devoir, en donnant leurs voix à des représentants qui œuvrent vraiment dans l’intérêt du Liban et ne le mettent pas en danger. Si quelqu’un se sent attaqué, cela le regarde.
Dans quelle mesure ses paroles influenceront-elles le processus électoral?
J’espère que l’avis du patriarche sera entendu par l’Eglise, les religieux et les religieuses.
Parce que la bataille précédente de Michel Aoun était à moitié menée par ces gens-là. Il y a toujours, parmi eux, certains qui prennent parti pour lui, on ne sait pas pourquoi. Ils sont supposés avoir l’esprit clair aujourd’hui, et nous espérons que les propos du patriarche les encourageront dans ce sens. S’ils font un petit examen de conscience et s’interrogent – eux comme les autres – sur les raisons qui les poussent à le suivre, ils ne trouveront pas de réponse convaincante du point de vue national. S’ils sont allergiques à des personnes déterminées, cela ne devrait pas les mener à voter contre l’intérêt supérieur du pays. Pourquoi cette allergie à Michel Aoun? N’y a-t-il pas un point commun avec lui?
Je ne suis pas allergique à sa personne, je ne sens même pas son existence
. J’ai un problème avec ceux qui mettent leur intérêt personnel au-dessus de celui du pays et il en fait partie. Il y avait des points de rencontre par le passé; mais aujourd’hui, Aoun, par ses positions, a fait un virement à 180°, alors qu’il dénonçait auparavant les agissements de la Syrie et du Hezbollah. Comment ne pas être allergique
à celui qui change de politique comme il change de pantalon? C’est bien à cause de ses prises de position passées que des centaines de jeunes sont morts ou ont été arrêtés. M. Joumblatt réintégrera-t-il la table du dialogue?
Il reviendra sans doute lorsque viendra le temps d’aborder cette question qui n’est pas à l’ordre du jour actuellement. Je pense que les choses sont liées et dépendent des résultats des élections israéliennes. Le Hezbollah ne renoncera pas à ses armes jusqu’à la dernière goutte de sang. Ils sont peu expérimentés en matière de politique, mais disposent d’énormes moyens financiers et militaires. Même si nous avons la volonté de parvenir à une entente quelconque et ponctuelle avec le Hezbollah, la conjoncture d’aujourd’hui rend la chose impossible.
Quelles sont les retombées du début des travaux du tribunal international sur la situation sécuritaire et électorale au Liban? D’abord, on découvrira que tout ce que l’opposition a propagé comme rumeurs sur la paralysie du tribunal est erroné. Des actes d’accusation officiels seront publiés contre les suspects dont elle a réclamé la libération. Elle va se taire. Les plus touchés par l’établissement de ce tribunal sont les Syriens et leurs alliés. La commission d’enquête a demandé que son nom ne soit pas impliqué dans les tiraillements politiques libanais, et c’est un slogan dont le 14 mars n’hésite pas à user. Qu’en dites-vous?
Bien sûr que le tribunal international est notre devise. Parce que tous les martyrs sont issus des rangs du 14 mars et que tous réclamaient la création du tribunal. Aujourd’hui, nous prions pour que le tribunal entame ses activités et condamne les criminels.
Vous considérez que le prochain scrutin est déterminant. Comment allez-vous réagir à l’heure des résultats?
Oui, les élections sont décisives. Les gens du 8 mars,
qui constituent une minorité aujourd’hui
, tentent de s’imposer à nous et au pays. Que feront-ils s’ils deviennent une majorité? Qui va pouvoir lutter contre eux après cela? C’est pourquoi le peuple libanais porte une immense responsabilité, aujourd’hui. Il doit comprendre et faire son choix: ou bien il vote pour le camp qui veut l’Etat de droit ou pour celui qui est satisfait de ses armes et de ses éléments, qui impose ses quatre volontés, sinon il occupe le centre-ville et bloque la vie économique dans le pays. Lorsqu’ils n’ont pas réussi à imposer leur avis, ils ont eu recours à la violence le 7 mai. Pouvons-nous leur confier le pays?
Au cas où vous remportez la majorité, les accepteriez-vous comme partenaires au gouvernement?
Jamais. La démocratie consensuelle est une erreur. Dans quel pays démocratique la minorité peut-elle dicter ses choix à la majorité?
Au cas où vous perdez, participerez-vous au gouvernement pour utiliser le tiers de blocage?
Nous n’en voulons pas. Nous respecterons les critères démocratiques. La majorité exerce le pouvoir et la minorité constitue l’opposition. Qu’ils assument leurs responsabilités.
Bye3jebneh bass y2oul NOUS
Etes-vous candidat aux élections?
Oui, je suis candidat.
Comment votre parti mènera-t-il les élections? Disposez-vous de candidats dans les régions?
Nous avons quatre candidats au Chouf, à Baabda, au Metn-Nord et au Kesrouan. Nous ne sommes pas des novices en matière d’élections; nous savons que la bataille est dure et exige beaucoup d’efforts, mais nous considérons, en tant que parti, que nous disposons d’un nombre suffisant de partisans et d’amis. C’est, au bout du compte, une question de voix. Nous estimons que si nous proposons quatre de nos candidats dans ces quatre régions, nous pourrons faire pencher la balance en notre faveur.
M. Joumblatt dit que la bataille sur le siège maronite du Chouf se joue entre vous, Georges Adwan et Ghattas Khoury. Quelle est votre réponse?
Je ne suis en conflit avec personne.
Je suis candidat au Chouf. Parce que je sais qu’à travers cette candidature, il est possible de recueillir un grand nombre de voix. La région est divisée en trois: en haut, il y a le Dr Ghattas Khoury; sur le littoral, il y a Elie Aoun et, au centre, il y a Dory Chamoun et Georges Adwan. Que le meilleur soit élu!
Si on vous demandait de vous retirer, le feriez-vous?
Non.
M. Joumblatt dit qu’il préfère les candidats indépendants plutôt que partisans pour certaines régions…
Au Metn-Sud, ils veulent écarter Elias Abou Assi, par exemple. Je suis
prêt à accepter si lui est d’accord. Mais notre crédit dans cette région est grand et notre base populaire est privée de représentation depuis des années. Les habitants voudraient voir l’un d’entre eux mener la bataille. Elias Abou Assi, entre partisans et sympathisants, dispose de 6000 voix à lui seul, sans compter les voix alliées des forces du 14 mars. Si Abou Assi ne se
présente pas, il y aura 1000 parmi eux qui n’iront pas aux urnes.
Comment évaluez-vous la gestion du président Sleiman?
Bonne. Il reste fidèle à son serment. A chaque personne, son style. J’aurais peut-être agi différemment sur certains dossiers, mais je ne suis pas à sa place et il doit mieux évaluer les choses que moi, puisqu’il est plus au courant. Mais ses positions de base sont excellentes.