lundi 22 janvier 2007
L'Orient Le Jour
DOSSIER
HISTOIRE DE PARTI
Au faîte de sa puissance, le PSNS a tenté deux fois de prendre le pouvoir
Communisme, trotskysme, maoïsme, titisme, socialisme, fascisme, nazisme, libéralisme, tiers-mondisme, démocratie chrétienne et tutti quanti : le XXe a été le grand siècle des idéologies, de leurs luttes, de leurs guerres. Au Proche-Orient, l’unionisme arabe, le nassérisme, le baassisme, l’islamisme sont en fin de parcours. Et, très singulier, le Parti syrien national social (PSNS).
D’abord connu sous le nom donné
par la France de Parti populaire syrien
(PPS) ou de Saadiste, il se trouve
aujourd’hui en vedette, à son
corps défendant. À cause de la découverte
d’armes au Koura, comme
à cause des doutes émis à son encontre
par le
président Gemayel au
sujet de l’assassinat de son fils, le
ministre-député Pierre Gemayel.
C’est un parti laïque créé en 1932 à
Beyrouth, qui
préconise une grande
nation syrienne.
Territorialement, cette vision de la
Syrie comprend le Liban, la Syrie, la
Palestine, la Jordanie, l’Irak, le Koweït,
Chypre, en plus du Sinaï en
Égypte, la Cilicie en Turquie et Chatt
el-Arab en Iran. Elle considère qu’il
n’existe que quatre nations arabes,
dont la Syrie, les autres étant l’Arabie,
l’Égypte et le Maghreb. Le PSNS
est responsable de deux tentatives de
coup d’État : en juin 1949 et le 31 décembre
1961. À l’instar d’autres partis,
il aura sa milice
et prendra part
aux combats durant
la guerre civile
libanaise.
En 1919, Antoun
Saadé, un Libanais
grec-orthodoxe
né d’un père journaliste,
commence à s’intéresser, dès l’âge
de 15 ans, au nationalisme syrien,
suite à la Première Guerre mondiale
et au morcellement de l’Empire ottoman
avec l’accord Sykes-Picot. Dix
ans plus tard, il retourne au Liban et
suit des études à l’Université américaine
de Beyrouth.
Ligne
En novembre 1932, il fonde le
PSNS. Parti purement laïque, allant
jusqu’à défendre l’égalité des sexes.
La formation connaît trois ans de
clandestinité. Son premier objectif
est la lutte contre le mandat français
au Liban et en Syrie. Saadé va luimême
se faire arrêter plusieurs fois,
et en 1938, il est contraint de quitter
le Liban pour l’Argentine.
À ses débuts, le parti refuse d’entendre
parler du nationalisme arabe.
Le parti réclame la séparation totale
de la religion et de la politique, sans
toutefois rejeter la spiritualité dans la
vie personnelle. Il réclame donc la
laïcité publique.
Il considère qu’une nation ne se
crée pas à partir de la religion, de la
langue ou de l’origine ethnique, mais
de l’emplacement géographique. Ses
détracteurs ont accusé le PSNS
d’avoir essayé d’imiter le Parti fasciste
italien, voire le Parti nazi, ce
que le PSNS nie. D’après l’historien
palestinien Maher Charif, Saadé aurait
voulu regrouper les pays arabes
ayant une diversité
religieuse importante,
et il appuie
cette théorie par
l’ajout de l’Irak
dans la Syrie. Le
PSNS est aussi
hostile au communisme,
par son opposition à la lutte
des classes.
Comme de nombreux opposants
au colonialisme français ou britannique,
Saadé part rencontrer Hitler.
Mais il revient déçu, affirmant que
l’objectif de l’Allemagne est finalement
le même que celui de la France
et du Royaume-Uni, à savoir la colonisation.
Il appelle aussi les pays du
Moyen-Orient à prendre garde à l’afflux
de juifs européens, car il constate
que les Sionistes veulent créer un
État.
Les années 40
En 1943, le PSNS participe à l’indépendance
du Liban. Le seul mort
de l’événement est d’ailleurs un de
ses militants, Saïd Fakhreddine.
Après une brève interdiction, le parti
est reconstitué en 1944 sous le nom
de Parti populaire syrien. En Syrie,
le PSNS joue aussi un grand rôle lors
de l’indépendance du pays en 1946.
En 1949, le PSNS est très populaire.
Son organisation lui permet d’être
présent à peu
près dans tous les milieux
sociaux ainsi que dans les
forces armées. Il disposait en outre
d’une milice forte de 50 000
hommes au Liban et en Syrie.
En Syrie, le colonel Husni el-Zaïm
entreprend un coup d’État et renverse
le
président Chucri Kouatli avec
l’aide des États-Unis. Certains accusent
le PSNS d’y avoir participé.
Au Liban, Saadé, hostile au gouvernement
de Riad el-Solh et aux
Phalanges libanaises, se sent agressé.
En juin 1949, il décide de monter
une insurrection contre le gouvernement.
Il échoue, et le pouvoir considère
son acte comme une tentative
de coup d’État, ce que le parti nie.
Plus de 3 000 militants du PSNS sont
arrêtés. Saadé se réfugie à Damas.
Mais Husni el-Zaïm le livre au gouvernement
libanais. Il est jugé devant
un tribunal militaire pour complot
contre la sûreté de l’État.
Condamné à mort, il est exécuté le 8
juillet 1949.
Le colonel Sami
Hennawi, membre
du PSNS, venge la
mort de Saadé. Il
arrête Zaïm et le
fait exécuter. Il envoie
quelques
jours plus tard une
lettre à la veuve de Saadé pour le lui
apprendre. Toujours par vengeance,
Riad el-Solh est assassiné le 16
juillet 1951. C’est alors que commence
à courir l’adage : un mort du
PSNS ne meurt jamais…
Les années 50 et 60
Avril 1955, le colonel Adnan Malki,
personnalité importante du baassisme
en Syrie, est assassiné. Les
deux autres grandes formations du
pays, le Parti communiste et le Baas,
en profitent pour faire interdire le
PSNS en Syrie.
Durant la crise de 1958 au Liban,
le PSNS est vu par les Américains
comme un parti de droite prooccidental,
car il est anticommuniste et
contre le nationalisme arabe. Le parti
livre une bataille contre le Baas en
montagne. Légalisé, il participe au
gouvernement.
Mais le jour de l’an 1962, le PSNS
et des officiers tentent un coup d’État,
qui échoue. Les militants sont arrêtés
par dizaines de milliers. Les
leaders sont pour la plupart capturés.
Ils seront relâchés après un an de prison.
Les combattants ne seront pour
leur part libérés que quatre ans après,
au mieux.
En ajoutant la montée du baassisme
et du nassérisme, le PSNS subit
alors une traversée du désert. Ce qui
conduit sa direction à reconsidérer
l’idéologie du nationalisme syrien.
Ils vont devenir plus tolérants à
l’égard du communisme. Lors du
congrès du Melkart, en 1969, le parti
proclame également, via une résolution,
qu’il appuie désormais le nationalisme
arabe : « Nous croyons au
monde arabe, nous estimons que
notre nation est arabe et que son
arabisme n’est point contestable. La
réalisation de l’unité complète des
quatre cercles de la nation arabe est
un objectif suprême. »
La longue guerre civile
Le matin du 13 avril 1975, le garde
du corps de Pierre Gemayel est
tué. Certains documents attribuent
cet assassinat au PSNS. Mais les
Phalanges pensent que c’est un acte
palestinien. Elles attaquent dans
l’après-midi un bus palestinien et
font 27 morts. C’est le début d’une
guerre civile, ou plutôt de guerres
multiples, entrecoupées de pauses,
qui dureront jusqu’en 1990.
Le PSNS est favorable aux Palestiniens,
mais ne souhaite pas rentrer
dans le bloc musulman.
Il s’allie
avec deux autres
partis dans la
même situation,
ses anciens advsersaires,
le Baas
syrien tout aussi
laïque et le Parti
communiste libanais (PCL), athée.
C’est surtout avec ce dernier qu’il va
commencer ses actions de résistance
contre l’occupation israélienne, comme
le meurtre de deux soldats israéliens
par Khaled Alwane dans un bar
de Beyrouth-Ouest ou de nombreux
attentats à la voiture piégée. Le
PSNS et le PCL multiplient les attentats-
suicide contre Israël. Ainsi, le 9
avril 1985, Sana Mehaïdli, combattante
du PSNS, devient la première
femme à opérer un attentat-suicide.
Deux jours avant Sabra et Chatila,
Habib Chartouni, PSNS, place une
énorme bombe à la Maison des Kataëb,
tuant Bachir Gemayel, le
président
élu d’Israël, et des dizaines de
partisans.
Sur un autre plan, il y a eu pendant
la guerre une scission sanglante du
PSNS. La majorité
voulait moderniser
le parti. La
minorité ne jurait
que par Antoun
Saadé, lui vouant
un culte de la personnalité
important. Après de lourds
combats entre les membres des deux
groupes, les différents leaders entament
des tractations de réconciliation
qui aboutiront à la fin de cette
séparation.
En montagne, la région du Koura
majoritairement acquise au PSNS affronte
celle de Bécharré, proche des
Forces libanaises. Le PSNS est aussi
à l’époque allié au Parti socialiste
progressiste.
Au Sud, le PSNS est en guerre
contre le Hezbollah et, occasionnellement,
contre le mouvement Amal.
En effet, le Hezbollah veut, à cette
époque, monopoliser la résistance à
Israël dans la zone à majorité chiite
du pays. Le
président syrien, Hafez
el-Assad, a toutefois imposé aux
PSNS, PCL, Amal et Baas de laisser
le Hezbollah seul en lice. Car, ayant
le soutien de l’Iran, il était le mieux
armé, le mieux organisé. Pour éviter
de refaire les mêmes erreurs que
l’OLP. En 1986, le PSNS se retire
donc de la région frontalière.
Le temps
présent
Cependant, après la guerre, le
Hezbollah fait appel au PSNS pour
rejoindre la Résistance, mais à
condition que les combattants soient
armés, entraînés et commandés par
le Hezb. Les combattants du PSNS
ont donc le droit de ne pas adhérer à
l’idéologie religieuse du Hezbollah,
tout en étant dépendants militairement
de ce dernier.
On appelle cette
brigade « Ansar
Hezbollah ». En
réalité, le Hezbollah
avait du mal à
recruter chez les
chrétiens de la frontière sud-est. Le
PSNS est donc l’un des libérateurs
du Liban-Sud aux côtés d’Amal, de
l’armée libanaise et surtout du Hezbollah.
Il se positionne nettement aujourd’hui
dans le contexte libanais
en tant que prosyrien.
Depuis la guerre, le PSNS a été toléré
en Syrie par Hafez el-Assad. En
2005, Bachar el-Assad légalise le
parti. Ce qui en fait la première formation
du pays à ne pas être nationaliste
arabe. Il compte 90 000
membres en Syrie, soit trois fois plus
qu’au Liban. Le parti appartient au
Front national progressiste.
Dans la diaspora libanaise, on
trouve des membres du PSNS en
Australie, aux États-Unis, au Canada,
au Brésil, en Argentine, en Europe...
Des meetings sont quelquefois
organisés.
En Jordanie, au Koweït et en Palestine,
le parti est plus restreint. En
Irak, il avait été interdit par Saddam
Hussein, mais on y trouve de nouveau
des membres actifs.
À Chypre, dans le Sinaï, en Cilicie
et à Chatt el-Arab,
régions incluses
dans sa Grande
Syrie, le parti est
pratiquement inexistant.
Le PSNS est
admire le socialisme
bolivariste sud-américain, qui
débute en Amérique latine. Il est
également partisan de l’Union du
Maghreb. Économiquement, le
PSNS est à la fois contre la nationalisation
totale et la privatisation totale.
Pour lui, l’État doit choisir de nationaliser
ou de privatiser en fonction
des intérêts de la nation. En ce qui
concerne la mondialisation, le PSNS
rejoint le point de vue des altermondialistes
sur le protectionnisme.
Lors de la guerre de juillet 2006,
le PSNS a fait de l’humanitaire. Il a
aussi participé à de petites opérations
pour aider le Hezbollah, comme
l’encerclement de soldats israéliens,
qui obligea l’armée israélienne à se
replier dans une caserne de gendarmes
à Marjeyoun, ou la destruction
d’un Merkava. Le Hezbollah aurait
aussi envoyé des armes à Kfar
Kila au Sud-Liban, village à majorité
nationale syrienne. Il y avait 2 500
combattants du PSNS sur la seconde
ligne, au sud de la Bekaa, appartenant
à la branche « Ansar
Hezbollah »
précitée, regroupant
également des militants PCL. Une
trentaine de ces combattants de la seconde
ligne étaient formés pour des
attentats-suicide.
Nomenklatura
Le chef actuel du PSNS est Ali
Kanso, à ne pas confondre, évidemment,
avec le dirigeant baassiste Assem
Kanso. Le
PSNS a deux députés
à l’Assemblée
nationale libanaise,
Marwan
Farès et Assaad
Hardane. Ils appartiennent
au
bloc parlementaire hezbollahi dit de
la résistance et du développement.
Nombre d’intellectuels libanais
ont fait leurs débuts politiques dans
le parti. Cependant, ils le quittent
souvent pour une idéologie différente.
À noter que Karim Nasrallah, le
père de sayyed Hassan Nasrallah,
était membre du PSNS. Parmi les anciens
membres célèbres, on trouve
en outre un Ahmad Fatfat qui est
l’homonyme du ministre actuel. On
peut citer également Wasfi el-Tall,
Adib Chichacli et Akram Hourani.
Les membres notoires à divers titres,
dont certains sont cooptés membres
ad vitam aeternam, s’énumèrent
comme suit :
Mahmoud Abdel Khalek, Khaled
Alwane, Gébrane Araji, Issa el-
Ayoubi, Habib Chartouni, Saïd Fakhreddine,
Marwan Farès, Ahmad
Hachem, Sana Mehaïdli, Assaad
Hardane, Sami Hennawi, Kamal
Kheir-Beik, Ali Kanso.
L’emblème
Le drapeau du PSNS a été adopté
dès la création du parti en 1932. Il est
constitué d’un fond noir qui représenterait
l’ignorance, ou la non-prise
de conscience de l’« identité
syrienne », d’après la définition
qu’en donne le parti. La tornade rouge
(« el-zaouba’a »), ou foudre-swastika,
représenterait le sang des nationaux
syriens qui lutteraient pour
apporter cet éveil et cette prise de
conscience. Et le blanc serait également
symbole de prise de conscience.
Pour certains nationaux syriens, le
drapeau de cette « Syrie » devrait
être entièrement blanc.
Le PSNS a été accusé d’avoir un
drapeau ressemblant à celui du NSDAP,
le parti de Hitler. Il le réfute,
expliquant que Saadé avait fait le
choix de ce drapeau avant qu’il n’entende
parler du nazisme, alors qu’il
n’était qu’étudiant. Néanmoins, le
parti avait, à ses débuts, un autre drapeau,
à fond blanc avec trois rayures
horizontales.
HISTOIRE DE PARTI
Au faîte de sa puissance, le PSNS a tenté
deux fois de prendre le pouvoir
DOSSIER
lundi 22 janvier 2007
Dossier
préparé par
Jean ISSA