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Simple rappel d’histoire : la Syrie, un partenaire toujours infréquentable
Le commentaire d’Émile Khoury


L'Orient le Jour
20-11-2008

Interrogé sur sa visite à Damas, le général Michel Aoun répond en ces termes : « J’ai toujours dit que lorsque la Syrie quitterait le Liban, nous tenterions d’établir avec elle les meilleures relations. » Cela étant, il répétait également que « la Syrie ne se gouverne pas à partir du Liban, ni le Liban à partir de la Syrie ». Le résultat étant, observent des sources politiques, que le Liban se trouve encore contrôlé, en partie, à partir de Damas. Avec l’assentiment et le concours de fractions locales déterminées.
En réalité, les rapports avec la Syrie ont toujours été pourris. Que cela soit pendant, avant ou après la tutelle armée. Le général Aoun, poursuivent ces sources, devrait se souvenir que dès les premières années de l’indépendance, la Syrie avait coupé le blé au Liban, le forçant à s’en procurer ailleurs au prix fort. Enchaînant les amabilités, elle avait rompu les ponts, abreuvant son voisin de critiques acerbes, lorsque le Liban avait conclu un accord monétaire avec la France pour la protection de la livre. Puis, sans fausse honte, la Syrie avait fait la même chose !
Que de fois n’a-t-elle pas fermé Masnaa ou interdit la circulation des poids lourds. Même du temps du président Frangié, ami personnel du président Hafez el-Assad. En 1958, elle avait alimenté, en armes et en finances, la révolution lancée contre le régime légal du président Camille Chamoun. Ce n’est que sous Nasser et sous Chehab, qui s’étaient bien entendus, que les relations ont connu quelque répit. Mais quand la RAU a volé en éclats, Damas a repris ses bonnes habitudes de plus belle. En fermant épisodiquement la frontière ou en provoquant des escarmouches dans le no man’s land. Une agressivité qui avait souvent pour prétexte des réfugiés politiques syriens, officiers putschistes ou autres, la Syrie exigeant soit qu’ils lui soient livrés, soit qu’ils soient chassés du Liban, ou qu’ils y soient placés en résidence surveillée.
Jouant habilement, et alternativement, sur plusieurs tableaux, la Syrie a tiré le maximum de la guerre domestique de 1975. L’année suivante, elle a dépêché, en avant-garde, un contingent palestinien de sa Saïka. Puis elle a orchestré l’entrée de ses propres troupes, sous couvert de la Force de dissuasion arabe. Une mainmise qu’elle a réussi à faire bénir par les Arabes, mais aussi par les Américains, voire par les Israéliens.
Plus tard, quand le général Michel Aoun s’est dressé contre cette occupation en tentant une guerre de libération, elle l’a balayé par la force. Pour compléter l’emprise de sa tutelle, pomper les ressources de ce pays à coups de corruption matérielle, politique et administrative. Diligentée, ainsi que les tortures, les attentats ou les assassinats, par un gauleiter installé à Anjar, à deux pas de la frontière. La Syrie a pratiquement avalé le Liban, se le rattachant juridiquement par une série de protocoles ou de traités abusifs, forgeant une sorte de système confédéré. Et manipulant ce pays politiquement par le biais d’un Conseil supérieur mixte à sa botte et de ses alliés du cru.
En 1992, les Libanais ont eu un sursaut, boycottant à plus de 85 % les élections législatives télécommandées de Damas. Ce qui a donné des députés élus par 136 ou même par 45 voix. L’épisode, bientôt étouffé politiquement, a quand même laissé assez de cœur au ventre aux patriotes pour que, la décennie suivante, ils tentent une nouvelle percée. En refusant des diktats déterminés. Le président Rafic Hariri avait, de la sorte, regimbé devant le projet de reconduction d’Émile Lahoud, ordonné par Damas. Il a été abattu en 2005. Mais au lieu de briser les Libanais, ce crime les a poussés, un certain 14 février, à se révolter.
Ils ont eu gain de cause. Les troupes syriennes sont parties. Mais le travail d’indépendance n’a pu être achevé, on le sait. Et le régime syrien s’est lancé, ostensiblement, dans une opération de reconquête politique. Aidé politiquement par ses amis locaux. Et, sécuritairement, par divers attentats, assassinats ou batailles.
Aujourd’hui, Baabda s’efforce de normaliser, et d’assainir, les relations bilatérales. Mais ni l’échange d’ambassadeurs, ni la conclusion d’accords, ni les visites ne peuvent y suffire. Car il faut, avant tout, de la confiance. Au vu, et au lu, du passé, où donc les Libanais pourraient-ils la trouver ?

Émile Khoury
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