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Bejin
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Default 29th June 2008

Let's Bachir reply to you the reasons and give you the solution:

Bachir Gemayel:

« Il y aura de l’action. Le gouvernement aura pris la décision d’exercer les prérogatives de puissance qui s’attachent à tout pouvoir pour rétablir l’ordre, la sécurité, la justice. Il le fera sans se laisser guider ni arrêter par aucune considération touchant des intérêts particuliers, individuels, des clans, communautaires ou issus de n’importe quel groupe de pression. Qu’on ne dise pas : c’est de l’utopie, et que les choses se passent autrement en réalité. Nous en avons déjà fait l’expérience dans la zone libérée du pays où nous avons réussi à établir la sécurité, l’ordre et la justice par une action dont tout le monde se plaît maintenant à vanter les mérites ».

Bachir Gemayel et la prépotence de l’état

L’idée d’un gouvernement fort correspondait tout à fait aux vues de Bachir Gemayel ; en fait, elle était taillée à sa mesure. Lui au pouvoir, l’épithète « fort » devenait une redondance. Et pourtant, d’une manière générale, tout gouvernement est censé être fort, c’est-à-dire doué d’une volonté, décidée à utiliser les moyens normaux de la politique, à savoir, comme l’indique l’éminent politicologue J. Freud, « la puissance, la contrainte et, dans les cas exceptionnels, la violence ». « Agir politiquement ajoute ce même auteur, c’est exercer l’autorité, manifester la puissance. Si non, on risque d’être emporté par une puissance rivale qui entend, elle, agir pleinement au point de vue politique ». Et de poursuivre : « puisque, par essence, la politique exige de la puissance, toute politique qui y renonce par faiblesse ou par juridisme, cesse aussi d’être réellement de la politique : elle cesse de remplir sa fonction normale, du fait qu’elle devient incapable de protéger les membres de la collectivité dont elle a la charge ».

L’effritement du pouvoir au Liban est généralement imputé au confessionnalisme et à son corollaire le « clientélisme » politique, qui ont rongé nos institutions. Mais l’Etat n’aurait pas perdu une très large fraction de sa souveraineté et le pays n’aurait pas été occupé aux trois quarts de son territoire si le président de la République ne s’était pas progressivement dépouillé de ses attributions, alors que la fonction présidentielle constitue dans le système libanais, le rempart fondamental de la défense du pays et de la sauvegarde de son indépendance.

A la suite de l’insurrection de 1958, sur le conseil des Américains et sous les pressions arabes, l’Etat s’était résigné à restaurer la féodalité politique qu’avait vivement combattue le président Chamoun. Les feudataires s’étaient alors ligués contre lui et avaient trouvé appui auprès de Nasser qui, de son côté, les utilisa pour tenter d’englober le Liban dans la R.A.U. Son successeur se hâta benoîtement de reconduire le moyen âge.

C’est après 1958 que le confessionnalisme, dans sa forme la plus excessive, opprimante pour l’Etat et aliénante pour l’individu, a sévi dans les institutions comme un véritable fléau. Il a surtout servi d’instrument entre les mains de feudataires pour accroître leurs avantages. Chaque fois qu’ils voulaient des concessions, le plus souvent pour des intérêts purement privés, ils agitaient le spectre confessionnel. Des présidents maronites timorés, et surtout isolés parce qu’ils n’étaient pas les représentants réels de leur communauté, et donc bien souvent en guerre avec ses véritables leaders, se pliaient à leurs exigences.

Et c’est ainsi que l’Etat s’est livré à un abandon progressif de ses attributs de puissance en faveur d’autorités périphériques, les feudataires politiques agissant sous le couvert communautaire et, par la suite, en faveur, des Palestiniens qui, à leur tour, s’étaient taillés un fief en territoire libanais. L’institution étatique n’était plus que le cadre formel d’une entité politique complément désintégrée, incapable de répondre à des problèmes aussi peu politiques que ceux de l’eau et de l’électricité, un pouvoir désormais absorbé par le culte qu’il se rendait à lui-même.

L’attribution de la présidence de la République à un membre de la communauté maronite doit être regardée non seulement comme une règle de droit constitutionnel (ce qu’elle n’est pas véritablement) ou une exigence du Pacte National, mais comme la condition à l’existence du Liban en tant qu’Etat indépendant et souverain. Si le Liban, dans le monde arabe, est la partie des minorités, il faut qu’il soit gouverné par un minoritaire, quel que soit le nombre des membres de sa communauté. Il y a là un mécanisme qui participe d’une politique de protection des minorités d’Orient, d’où son caractère hautement stratégique. Les Palestiniens et les Syriens en avaient parfaitement conscience dans leur entreprise de subjuguer le pays.
Le principat maronite, comme on pourrait appeler une telle situation, n’est donc pas un privilège accordé aux maronites, comme on le déclare quelquefois, mais un gage mis entre leurs mains par la communauté majoritaire au plan régional, en garantie de l’indépendance du pays contre les visées expansionnistes et unionistes (et il y en a) des autres pays de la région. La nuance est importante : un privilège comporte des avantages à son bénéficiaire aux dépens d’autres parties, un gage sert à assurer à son détenteur la sauvegarde de ses droits.

Les prérogatives du président maronite doivent répondre de ce fondement. Ainsi, tout ce qui a trait à la défense du pays, son indépendance, l’intégrité de son territoire, sont de son ressort exclusif, ce qui n’est pas peu conforme à la lettre de la constitution et à son esprit. Tout partage de prérogatives et de responsabilités en ce domaine précis ne peut être que néfaste, dès lors que risquent de peser sur la décision des considérations relatives aux liens communautaires avec les forces régionales (appelées précisément frères), à l’encontre desquelles la décision doit être prise. Le sang n’a pas encore séché, ni la suie disparue du fait d’un exercice bicéphale du pouvoir en matière de défense. Là, l’obstruction d’un copartageant du pouvoir présidentiel a conduit au démantèlement de nos institutions nationales et plus particulièrement de l’armée. Un partage du pouvoir conduit tôt ou tard au partage du pays.

On raconte qu’à un interlocuteur qui le mettait en garde contre une éventuelle division du pays : « un seul Liban, lui disait-il, et non pas deux », Bachir Gemayel aurait répondu impromptu « mais avec une seule tête et non pas deux ». Le maintien du principat maronite n’est pas, du reste inconciliable avec une déconfessionnalisation du pays. L’un est une donnée stratégique, comme on l’a vu, l’autre, le confessionnalisme, un mécanisme déformant du système communautaire libanais qui a servi, exclusivement, à accroître le pouvoir des feudataires par rapport à l’Etat dont il a affaibli les institutions.

Ce n’est pas d’un homme fort, ni d’un homme de vérité comme Bachir Gemayel – deux qualités corrélatives – qu’on eût pu craindre la moindre entorse aux droits des communautés et à leur liberté. En revanche, un homme faible pourrait être enclin à y porter atteinte dans une politique de fuite en avant devant des difficultés qu’il n’ose pas absorber de front. On sait très bien que lorsque l’Etat faiblit, les communautés sont menacées dans leurs prérogatives, leur liberté, voire leur existence. Les Palestiniens en ont profité pour s’attaquer à la communauté chrétienne qui leur paraissait à juste titre comme l’élément le plus spécifique de l’ordre libanais. Et voici que les sunnites de Tripoli, les druzes du Chouf se sentent à leur tour en danger. Seul un Etat fort est en mesure d’absorber contradictions et tensions inhérentes à la promiscuité de groupements socioculturels différents, de pouvoir à leur liberté et à leur sécurité et de faire de cette diversité un facteur de développement.

Il est certain que Bachir Gemayel comptait exercer ses prérogatives de président au pied de la lettre, et tant que l’Etat n’était pas encore complètement sur les rails, avec une particulière fermeté. Après des bouleversements de la nature de ceux que nous avons vécus, l’Histoire nous apprend qu’il ne peut qu’en être ainsi.

Sa force est, sans doute, l’expression d’un tempérament, mais elle est due aussi – et c’est la nouveauté – au fait qu’il arrivait au pouvoir, assuré de l’appui inconditionnel, à tout le moins, des membres de sa communauté. Des esprits chagrins diraient qu’il a fallu, là aussi, la force pour faire l’union des maronites. Qu’importe. Dans la logique de l’ordre et de l’intérêt du pays, cette force mériterait d’être sanctifiée.

On pourrait penser qu’un président faible convient mieux au maintien de l’équilibre fragile du système, et la règle pendant longtemps a été d’élire un candidat de compromis, ou l’homme qui a réussi à donner le plus d’assurances aux Arabes et aux feudataires (même si d’avance on sait qu’il ne va pas les tenir, mais ce qui compte en Orient, c’est le verbe). Cependant, il s’est avéré, comme on le voit aujourd’hui qu’un président faible n’est pas en mesure de faire contrepoids aux pesanteurs du confessionnalisme et du « clientélisme » auxquels s’ajoute, bien souvent, la pression de forces étrangères. En réalité, seul un homme fort à la tête de l’Etat est à même d’en assurer la prépotence, ce dont nous avons tous un besoin urgent après tant d’années d’anarchie.

L’expérience montre aussi que l’appui international n’est dispensé qu’à un président fort, non pas nécessairement celui qui dispose d’instruments efficaces pour exercer le pouvoir, mais, aussi, celui dont l’autorité repose sur une assise populaire solide et dont la politique s’accorde avec les aspirations de son peuple.

Un président faible et isolé n’intéresse personne. On sait très bien, maintenant, qu’en 1975 le Liban avait perdu la considération internationale, non pas seulement en raison d’une politique étrangère conduite tous azimuts sous le signe de la neutralité négative, mais encore et surtout, à cause de la faiblesse de son régime.

Salim Jahel
23 Août 1983
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