Une "catastrophe évitée de justesse" au sud-Liban, selon Michèle Alliot-Marie
AP
09-11-2006
Alors qu'elle intervenait au Palais Bourbon lors du débat sur le budget de la Défense, Michèle Alliot-Marie a relaté mercredi soir un incident qui s'est produit le 31 octobre dernier dans le sud du Liban et qu'elle a qualifié de "catastrophe" due à un comportement agressif ou provocateur de l'aviation israélienne vis-à-vis des forces françaises de la FINUL.
"Une catastrophe a été évitée de justesse par nos militaires. Des F15 (israéliens, NDLR) se sont présentés en piqué puis redressement immédiat ce qui est, d'une façon extrêmement claire, une posture d'attaque", a dit devant les députés la ministre de la Défense avant d'ajouter: "Nous avons été amenés, dans le cadre de la légitime défense, à enlever les caches de notre batterie de missiles et, à deux secondes près, il y avait un tir contre les avions qui menaçaient directement nos forces".
"Ceci n'est pas tolérable. Nous sommes effectivement, là, dans le risque d'un incident extrêmement grave. Nos militaires se trouvent, dans ces conditions, dans les règles où ils doivent appliquer les tirs de légitime défense", a encore souligné Michèle Alliot-Marie.
Le porte-parole du ministère de la Défense Jean-François Bureau a expliqué jeudi au cours de son point de presse hebdomadaire que l'ambassadeur d'Israël en France a été convoqué au Quai d'Orsay.
Au ministère des Affaires étrangères, on précisait que Philippe Douste-Blazy a convoqué ce jeudi matin l'ambassadeur d'Israël "pour lui faire part de notre grave préoccupation face à la poursuite des survols israéliens du territoire libanais". M. Douste-Blazy a souligné qu'il est "essentiel que les autorités israéliennes fassent cesser de tels actes".
Milos Strugar, un des plus hauts conseiller du général français Alain Pelligrini qui commande de la FINUL, a affirmé à l'Associated Press que la force avait observé ce jour-là 14 violations aériennes de la part d'Israël, dont trois au-dessus du quartier général des militaires français. Après un survol par quatre avions, il y a eu deux attaques simulées, à chaque fois par deux jets, a-t-il précisé.
"Après une étude minutieuse et la vérification précise de tous les éléments fournis, il apparaît que ces vols étaient intentionnels. La FINUL a protesté énergiquement auprès des autorités israéliennes et leur a demandé de cesser ces actions inacceptables et qui violent la résolution 1701" qui a mis fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah, a-t-il dit.
Par ailleurs, le Quai d'Orsay a expliqué qu'une modification des règles d'engagement de la FINUL "n'est pas à l'ordre du jour, étant entendu que ces aspects font l'objet d'une évaluation constante des pays contributeurs de troupes à la FINUL avec le Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies".
"C'est grâce au sang froid des militaires français qu'on a évité une catastrophe", a souligné le capitaine Christophe Prazuck, porte-parole de l'état-major, avant de rappeler que "la séquence de préparations (des tirs) était achevée".
Personne n'a expliqué ce qui a empêché les militaires français de tirer.
Le 20 octobre dernier lors d'une conférence de presse aux Nations unies, la ministre de la Défense avait déjà souligné que les incursions de l'aviation israélienne dans l'espace aérien libanais sont "extrêmement dangereuses" car les soldats de la FINUL pourraient les interpréter comme des actes hostiles et faire feu en légitime défense. "Je rappelle que les violations de l'espace aérien sont extrêmement dangereuses", avait-elle insisté. "Elles sont dangereuses, d'abord parce qu'elles pourraient être interprétées comme hostiles par les forces de la coalition, qui pourraient être amenées à riposter dans des cas de légitime défense, et il s'agirait d'un incident très sérieux".
Le 19 octobre, le général Alain Pelligrini avait affirmé que les survols israéliens du territoire libanais étaient une violation de la résolution 1701. Il avait estimé que l'emploi de la force pourrait être envisagé dans l'avenir si les tractations diplomatiques ne parvenaient pas à empêcher ces incursions.
La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) est chargée d'assister l'armée libanaise dans la zone démilitarisée d'une trentaine de kilomètres de large située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, or le Hezbollah a affirmé se trouver encore dans ce secteur et Israël ne compte pas accepter cette menace. Selon les nouvelles conditions d'engagement obtenues par la France, la force de 5.200 militaires peut se défendre mais aussi "faire en sorte que (sa) zone d'opération ne soit pas utilisée pour des activités hostiles", et protéger travailleurs humanitaires ou civils d'une menace imminente.