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25th October 2007
Le ministre Fneich refuse de commenter l’affaire avant d’obtenir de plus amples informations
Des soldats israéliens ont saboté la station de pompage de Wazzani, affirme un ingénieur témoin
L'Orient le Jour
28-09-2006
L’affaire du détournement de l’eau de la rivière du Wazzani (Liban-Sud) par des soldats israéliens vers le village syrien occupé de Ghajar continue de prendre de l’ampleur. Le gouvernement libanais s’est saisi de la question la semaine dernière, considérant qu’il s’agissait d’une violation de la résolution 1701 de l’ONU. Les autorités libanaises ont demandé une enquête auprès de la Finul sur cette affaire.
Le porte-parole de la Finul, Alexander Invanko, a expliqué à l’AFP que la force internationale n’a pu « obtenir des informations sur le pompage de l’eau par les patrouilles qui ont été dépêchées à Wazzani, après une demande en ce sens du gouvernement libanais ». Il a toutefois confirmé que des ouvriers israéliens, des civils, travaillaient près du bourg voisin de Ghajar, en territoire libanais, mais dorénavant occupé totalement par l’armée israélienne.
Selon M. Ivanko, les ouvriers réparent des tuyaux et ont traversé la ligne bleue pour le faire, en violation de la frontière. « Nous en avons informé le quartier général des Nations unies à New York », a-t-il dit. Interrogé par l’AFP à Jérusalem, un porte-parole de l’armée israélienne a déclaré qu’il allait vérifier ces informations.
L’AFP cite également un ingénieur, Mohammad Ghamlouch, qui affirme avoir surpris, le 20 septembre, une patrouille israélienne à l’intérieur de la station de pompage près du village de Wazzani, qui relève du ministère de l’Énergie. Il a assuré que les soldats avaient saboté les équipements de pompage et lui avaient aussitôt intimé l’ordre de partir. Il a indiqué enfin qu’une mission du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a entamé mercredi l’installation de nouveaux compresseurs pour remplacer ceux qui avaient été détruits.
Selon M. Ghamlouch, l’armée israélienne a mis en marche deux pompes du côté israélien de la ligne bleue, pour puiser l’eau du Wazzani, et placé un tuyau en plastique noir de 20 centimètres de diamètre et cinq kilomètres de long, parallèlement à une vieille canalisation qui traverse la montagne et se dirige vers des villages en Israël. Il a estimé que les forces israéliennes pompent chaque jour entre 200 et 300 mètres cubes d’eau de la rivière en direction de Ghajar et de villages israéliens. Pour sa part, un correspondant de l’AFP a pu voir deux pompes placées dans un fossé creusé près de la rivière, qui fonctionnent sans arrêt.
Interrogé par L’Orient-Le Jour, le ministre de l’Énergie, Mohammad Fneich, a refusé de commenter toutes ces informations. Il en a ramené la raison à l’absence de données précises, et souligné qu’il n’avait obtenu, jusqu’à présent, que des rapports de l’Office de l’eau. Il a ajouté qu’une éventuelle plainte libanaise dépendrait de l’ampleur de l’affaire.
Une vieille histoire
L’affaire du Wazzani et des visées israéliennes sur l’eau de cette rivière ne date pas d’hier. La dernière crise importante entre le Liban et Israël a éclaté en 2002, quand le Liban a voulu récupérer une partie de l’eau qui lui revient de droit, afin d’alimenter une soixantaine de villages au Liban-Sud en eau potable et pour l’irrigation. Les autorités libanaises avaient alors inauguré un projet, en présence, notamment, du président de la Chambre des députés, Nabih Berry, et de plusieurs personnalités diplomatiques, sous les menaces israéliennes. Le projet consistait en une station de pompage et les canalisations la reliant aux villages. Les autorités libanaises avaient alors parlé d’un volume d’eau pompée de l’ordre de 10 millions de mètres cubes par an, un chiffre qui reste bien inférieur aux 35 millions de mètres cubes qui reviennent de droit au pays, selon un accord conclu, mais jamais ratifié, en 1955.
Selon un rapport de la Commission européenne datant du 14 octobre 2002 publié sur Internet, l’affaire du Wazzani est « une source de tension croissante entre le Liban et Israël ». Dans le rapport, il est précisé que selon les autorités libanaises (à cette époque), l’eau pompée du fleuve devrait être initialement de cinq millions de mètres cubes par an, et devrait arriver graduellement à 9 millions de mètres cubes. Or, poursuit le texte, le débit total de la rivière est calculé à 150 millions de mètres cubes par an, et il est estimé qu’Israël profite de 138 millions de mètres cubes pompés en aval. Le Premier ministre d’alors, Ariel Sharon, avait considéré que le projet libanais était un casus belli. Mais c’est après la sanglante agression israélienne sur le Liban cet été que l’affaire a rebondi et que le détournement de l’eau a effectivement recommencé.
À noter que le Wazzani est une principale source du Hasbani et contribue à quelque 25 % de l’eau du Jourdain. Il alimente aussi le lac Tibériade, sur le plateau du Golan. |